Réflexions sur le passé, l'Histoire

Au bord de la rivière

C'était au bord de la rivière Agny
Que nous allions, t'en souviens-tu ?
Nous prenions un sentier fort étroit,
Toujours envahi par les hautes herbes,
Et souvent nous faisions une halte ;
Tu me donnais alors tes lèvres fraîches,
Ta bouche avait un léger goût de miel ;
Et quand venait le soir, le ciel sans nuage
Pâlissait à l'est et rougeoyait au couchant ;
Ton souffle caressait tout doucement ma joue,
Tu me parlais de tes bonnes copines de l'usine,
Celles qui t'avaient heureusement bien soutenue
Quand le contremaître t'avait cherché des ennuis ;
C'était un sale type, il avait essayé de te coincer
Dans le fond de l'atelier, à la fin de l'équipe du soir,
Pour te tripoter les seins par-dessus ta blouse,
Tu avais crié, et deux filles étaient alors venues
Aussitôt à ton secours, le menaçant de tout dire
À la direction ; il s'était montré couard, suppliant,
Et il t'avait présenté des excuses, le saligaud.
Nous restions plus tard quelquefois, main dans la main,
Et la lune brillait sur l'eau claire de la rivière.

Anne Brunelle