Réflexions sur le passé, l'Histoire

Mélancolie

J'ai grandi au pied des côteaux
Et toujours aimé ma campagne,
La magie des bois de bouleaux
Et la rivière, douce compagne.

En ces années de l'après-guerre,
Nous n'étions pas trop exigeants,
Nous honorions nos père et mère,
Nous respections les braves gens.

Nous étions fiers d'être nés ici,
Sur cette belle terre du Dauphiné,
Où les bons vieux, le soir, assis,
Nous narraient leurs jeunes années.

Poilus de quatorze, desséchés,
Vos yeux humides disaient l'horreur
De ces tueries dans les tranchées ;
Mais vous faisiez battre nos coeurs.

Quand je reviens dans mon village,
Fleurir les miens au cimetière,
Je revois leurs bien chers visages,
Et je salue leur race altière.

Le temps coule et n'est qu'illusion,
Tout demeure toujours à sa place,
De nos souvenirs, la précision
Ne laisse que les sots de glace.

« C'était le bon temps », raillerez-vous,
Les humbles n'étaient guère informés,
Et pour un rien, criaient au loup ;
Peut-être, mais ils savaient aimer.

Nous étions jeunes et pleins de feu,
Nous rêvions d'un bel avenir,
Bien que menant des vies de gueux ;
Nul ne peut ma mémoire ternir.

Anne Brunelle