Réflexions sur la solitude, le spleen

Je marchais seul

Je marchais seul dans la nuit noire,
Je n'entendais plus derrière les murs
Épais des maisons basses du village
Les longs sanglots des bambins apeurés,
Ni les supplications des femmes abusées,
Ni les paroles obscènes de leurs bourreaux,
Et je n'entendais pas non plus les prières
Des malades à bout de souffrance, appelant
La mort à l'aide pour enfin retrouver la paix,
Ni les pleurs déchirants des épouses abandonnées
Espérant quand même le retour de l'infidèle,
Ni les petits soupirs des jeunes filles pubères
Rêvant sous la couette de voluptueuses caresses.
Je marchais seul, angoissé, sur la grand'route,
Le nuit était ma compagne et ma tendre complice,
Nous partagions avec la lune un peu de poésie.

Anne Brunelle