Paradis perdu

Semées au grand large, s'étaient envolées
Les cendres de ses défuntes amours ;
Utopique désormais serait son rêve,
Mais sa chair resterait-elle de glace ?
Le givre avait envahi son coeur meurtri
Depuis que la main si fine ne venait plus
Se blottir dans la sienne, en vain tendue.
Adieu, nuits de délires, nuits de délices
Où il était tellement doux de s'aimer follement !
Malgré tout, il espérait qu'elle se souvînt encore
De chacune de leurs longues heures de tendresse,
De ces jours bienheureux de l'Amour vrai
Où elle lui souriait, conquise, le coeur content,
Parfois repue de leurs ardentes caresses,
Mais radieuse de s'être donnée aussi fort...
Aujourd'hui, hélas, il se désolait, solitaire,
S'abandonnant à la fureur des vents mauvais
Sifflant, soufflant sur les platanes du boulevard ;
Il tentait en vain d'oublier son paradis perdu.

Anne Brunelle