J'ai marché au hasard

Au coeur du grand silence,
Dans le jardin secret,
J'ai marché au hasard,
Semant au vent mauvais
Mes caresses vers toi,
Échappées de mes doigts
Si gourds et si tremblants ;
Puis je les ai suivies,
S'envolant vers les nues,
Se perdant tout là-haut
Dans le ciel couleur suie.
Comme je voudrais bientôt
M'évader moi aussi
De ce triste univers
Où l'amour le plus pur
S'effrite avec le temps,
Où rien n'est innocent,
Pas même l'amitié,
Où tout n'est qu'apparence
Ou plaisir frelaté.
Au hasard, j'ai marché,
La tête dans les épaules,
Le coeur bien fatigué,
Le long des barbelés.
Et longtemps j'ai pleuré.

Anne Brunelle