Luce et le beau roman

Reverrai-je un jour cette femme
Que je rencontrai un soir d'automne
Dans un paysage trop monotone ?
Elle avait de la jeunesse la flamme.

J'avais remarqué sur son visage
Un je ne sais quoi de passionné,
Qui m'avait tout de suite étonné,
Aussi intrigant qu'un mirage.

Elle me héla d'une voix hardie,
Probablement sûre de son charme,
Elle en usait comme d'une arme,
Devant souvent faire mouche, pardi !

Quelques mois durant, nous écrivîmes
Les douces pages d'un beau roman ;
L'amour-passion n'est pas un crime,
Ni ne sont coupables les chers amants !

Joyeux, batifolant à la fraîche,
Nous concrétisions nos désirs,
En nous vautrant dans le plaisir,
Bravant des dévotes le prêche.

Puis elle partit sans que je susse
Où elle avait bien pu se fourvoyer ;
Regrettant de l'avoir trop choyée,
Je l'ai bien pleurée, la belle Luce.

Anne Brunelle

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