Elle se souvient

Étendue sur le drap, elle se souvient encore
De leurs deux corps incendiés, de fougueux baisers
Et de sa plainte amoureuse, elle revit en songe
Ce miracle du plaisir charnel toujours renouvelé...
Elle s'offrait toute à son amant, elle le vénérait,
Si douces étaient ses mains de rude travailleur,
Et sous les caresses de cet homme qu'elle aimait,
Les bourgeons roses de ses seins orgueilleux
Durcissaient, elle desserrait légèrement les cuisses,
Lui livrant son sexe où déjà perlait la rosée du désir ;
Alors il l'emportait bien vite sur leur couche,
La déshabillait passionnément, presque brutalement,
Lui arrachant ses dessous et l'embrassant partout ;
Ils osaient tout, ne se souciant plus guère des tabous.
Étendue sur le drap, elle se souvient encore,
Et sent renaître en elle une onde de violent désir ;
Mais ce plaisir des sens auquel elle aspire à la folie,
Elle seule pourra se le procurer aujourd'hui
De ses doigts si habiles à trouver le déclic.
L'amant s'est éloigné, et sans doute pour toujours,
Le ciel est gris, maussade, l'amour s'est abîmé...

Anne Brunelle