Au dortoir

Le ciel est gris,
Le jour se meurt
Et, sous la pluie,
La ville pleure.

Tombe la nuit
Sur le collège ;
Isaure s'ennuie,
Se sent prise au piège.

Dans le dortoir
Sombre et glacé,
Les filles, chaque soir,
Aiment jacasser.

Les grandes se vantent
D'inouïes conquêtes,
Les petites s'inventent
Des histoires bêtes.

Isaure, discrète,
N'a rien à dire
À ces nymphettes
En plein délire.

Elle se raconte
Folles aventures,
Rêvant sans honte
D'un amour pur.

Son chevalier
Revient de guerre
Pour la marier,
C'est ce qu'elle espère.

Plus de lumières,
Le rêve passe,
Isaure la fière
S'endort, trop lasse.

Anne Brunelle