Fantasme

Je me sentais vaincu par cette nuit immobile,
Et Isabelle me manquait terriblement ;
Je m'étais endormi dans une ville fantôme
Plantée aux portes d'un désert aride,
Et j'écoutais la brise qui me chuchotait
Des mots insensés. Je revoyais soudain
Ces pâles fillettes aux longues jambes maigres
Qui me chantaient autrefois d'étranges comptines ;
Elle venaient peut-être pour me parler de l'absente.
Moi, je ne l'avais pas oubliée une seule minute,
Et j'imaginais son beau corps allongé près du mien,
Qui m'électrisait lorsque je posais sur son ventre
Ma joue mal rasée irritant sa blonde toison.
« Malgré le temps superbe, j'avais tellement froid, »
Me disait-elle, en appuyant ma main sur son sexe
Encore tout humide de son dernier plaisir solitaire.
« Veux-tu mettre un tison dans mon âtre ? » ajoutait-elle.
Je devenais alors son tendre bourreau pour l'arracher
À ce monde trop laid de fureur et de mensonge,
Et la rassurer au moyen de vibrantes et folles caresses
Qui nous emmenaient tous deux au royaume des jouissances,
Là où tout commençait et où tout finissait.

Anne Brunelle