Un petit air d'innocence

Tout, autour d'elle et moi, était silence,
La ville, trop paisible, dormait encore,
Mais nous venions juste de nous réveiller.
Déjà le désir battait dans nos veines,
Elle ne me quittait jamais des yeux,
Se demandant peut-être si j'oserais
Aussitôt la reprendre dans mes bras ;
Ses yeux noirs étaient cernés de bistre,
Elle s'était donnée avec beaucoup de fougue.
Ses mains avides cherchaient apparemment
Un endroit précis de mon corps où se poser ;
Je l'invitai d'un geste à caresser mon torse,
Elle était truite vive, mais pas très sauvage,
Ne prononçant jamais de mots trop crus,
Mais elle n'était pas avare de plaisir,
Surtout de celui qu'elle pouvait recevoir.
Elle avait un tout petit air d'innocence,
Mais il ne fallait pas trop s'y fier :
Elle ne désirait sûrement pas autre chose
Que des mains pétrissant ses seins fermes,
Qu'une bouche goûtant à son sexe délicat ;
Il ne servait à rien de lui faire croire
Que l'on était vraiment fou amoureux d'elle,
Elle aimait faire l'amour plus que le reste.
Pourtant j'eusse souhaité qu'elle osât dire :
« Je t'aime, je suis amoureuse de toi ! »
Mais sûrement ne l'avait-elle jamais été,
Ni de moi, ni même de ses amants précédents ;
Elle vivait tout simplement, au jour le jour,
Cueillant ici ou là quelques brindilles d'amour ;
D'elle, l'on ne pouvait guère espérer davantage.

Anne Brunelle