La lettre de l'aimé

Tant d'amour fou l'émerveille
Et la panique tout à la fois ;
L'émoi se fait vraiment presssant,
De plus en plus charnel.
Elle suffoque, ouvre les volets,
Puis relit encore la lettre de l'aimé,
Les phrases qui l'ont bouleversée,
Les mots trop audacieux qui l'ont fait rougir,
Mais qui pourtant lui ont fait plaisir.
Il a voulu lui faire comprendre
Tout ce qu'il ressent, sans détour,
Sans cette fausse pudeur hypocrite
Que lui avaient inculquée son éducation
Bourgeoise et les soeurs du pensionnat.
Certes, elle est quand même un peu troublée,
Mais elle n'en est que plus heureuse,
Car elle est sûre que cet homme l'aime
Bien au delà de ce qu'elle espérait.
Elle adore son impatience, ce désir
Tellement fort de la posséder.
Rien que l'idée d'être toute à lui
La rend nerveuse ; elle en frissonne
Quand elle évoque ce grand corps d'homme
Si solide et si puissant, si mâle,
Et elle se sent presque défaillir,
Cette jeune femme très amoureuse
Qui rêve d'être blottie dans ses bras.

Anne Brunelle