Préface à l'amour

Jamais encore on ne lui avait dit
Des mots comme ceux qu'il lui murmurait ;
Elle avait rougi, émue, troublée,
Mais elle n'avait pas peur de lui,
Il ne la touchait encore qu'avec des mots.
Profitant de ce qu'ils étaient enfin seuls,
Il s'employa gentiment à la rassurer ;
S'agenouillant devant elle, il lui prit la main
Et la baisa longtemps avec une tendresse infinie ;
Elle se sentait en confiance, déjà prête
À le suivre jusqu'au bout de ses délires.
Dans ce salon bien sombre de la maison isolée,
Elle se découvrait soudain des envies,
Et, câline, elle se rapprocha de son ami,
Le regarda fixement au fond des yeux ;
Lui, il rêvait de l'embrasser dans le cou,
De dégrafer son corsage, d'ôter son soutien-gorge,
Accepterait-elle qu'il lui caresse les seins ?
Il savait bien qu'il ne la forcerait en rien,
Et qu'elle hésitait sans doute encore un peu,
Parce qu'elle sortait à peine de l'enfance.

Anne Brunelle