Passagère

Passagère sans espoir
Sur la terre des ancêtres,
Désabusée, glaciale,
Elle n'aspire plus, dit-elle,
Qu'à se fondre dans la masse
Manipulable, grégaire,
Qui sécrète l'inertie,
Ou l'esprit de troupeau ;
Elle veut fuir l'âpre lutte
Pour atteindre le pinacle,
Ne se sent plus bien qu'en bas
De la grande pyramide,
Engluée bien à l'abri
Dans la foule anonyme ;
Elle refuse, dans sa nuit,
Toute lumière trop intense ;
Plus de chants, plus de cris,
Bien que son coeur sous la cendre
Rêve encore d'émerger
De cette désespérance,
En attente de la saison
Où se faneront les fleurs.

Anne Brunelle