Les doutes d'une fille

Véro est descendue de son sixième,
La rue est calme, ce dimanche matin,
Elle s'allume une Gauloise en marchant,
Un jeune type la dépasse, en sifflotant,
Puis il se retourne pour mieux la reluquer ;
Il faut dire qu'elle a une jupe plutôt courte,
Et que ses jambes ne sont pas vilaines ;
Il ne lui dit rien et continue son chemin ;
S'il l'avait invitée à boire un petit café
Au troquet du coin, elle eût bien accepté,
Et alors il lui aurait proposé un ciné,
Et dans l'obscurité il l'aurait pelotée ;
Mais ensuite, il eut souhaité la revoir,
Ailleurs, et peut-être même chez lui ;
Or, elle ne veut plus d'une liaison,
Un petit cinq à sept, à la rigueur,
Pour ne pas oublier la chaleur d'un corps
Contre le sien, et y prendre du plaisir ;
Mais Véro ne veut plus se faire avoir,
Son ex-amoureux lui avait tant promis
Que jamais il ne la laisserait tomber ;
Et le jour où elle lui avait parlé mariage,
Il avait détalé comme un poltron qu'il était.
Véro va bientôt rentrer dans son studio,
Elle écoutera en boucle un CD de Céline Dion,
Puis elle préparera le repas de midi ;
Les mecs, elle en a marre, ils sont tous les mêmes,
Se dit-elle, les sentiments, ils s'en moquent !
Elle n'avait jamais connu que le désir brut
Des hommes, leur sale égoïsme de chasseurs,
Elle avait besoin d'être aimée pour elle-même,
Pas seulement pour sa petite gueule d'ange,
Ni pour son corps souple et quasi androgyne.
Mais n'était-ce pas trop leur demander ?

Anne Brunelle