Les dessous de Léa

Léa entame la quarantaine,
Elle est charmante, la secrétaire,
Elle qu'ils appellent Mademoiselle,
Dans ce grand bureau assez huppé
Où elle remplit des tas de dossiers.
Mais jamais elle n'oserait porter,
Dans ce repaire de gens très classe,
Les plus affriolants de ses dessous ;
Même qu'elle rougit rien qu'à l'idée
De ce que pourraient d'elle penser
Ses collègues sages et conformistes
Si par hasard elles apprenaient
Que la vieille fille très modeste,
Malgré ses airs de sainte-nitouche,
Se parait pour un bien tendre amant
D'un string coquin de couleur mauve,
Tout en satin brillant stretch
Et bordé d'une jolie dentelle,
De bas très fins, de porte-jarretelles,
Et que sous le beau corsage en soie,
De soutien-gorge elle ne mettait pas.
Mais quand la porte se refermait
Sur des amours que l'on dit coupables,
Rien n'existait plus alors pour elle
Qu'un monde à part et enchanteur
Où le désir fou prenait les commandes ;
Elle avait tellement envie de lui,
Toute prête déjà aux pires folies
Qui donnaient un vrai sens à sa vie,
Qu'elle voulait être la plus désirable
Des femmes et même la plus experte.

Anne Brunelle