La fille dans la guerre civile

Le fils aîné vient de mourir,
Il s'est fait sauter avec la bombe
Qu'il devait déposer hier devant
Le poste de police de son quartier.
Ils ont rendu son corps déchiqueté
À la famille ; le père cache sa douleur,
La mère maudit ceux d'en face,
Les ennemis héréditaires,
Le fils cadet est très remonté,
Il jure qu'il va tous les flinguer,
Ces renégats, ces foutus mécréants.
La fille ne dit rien, comme d'habitude,
On lui a toujours appris à se taire,
À ne pas se mêler de la politique ;
Et puis elle n'aimait pas son frère,
Il l'injuriait, la giflait à tout propos,
Lui imposant de « marcher droit ».
La guerre civile n'avait rien arrangé,
Et pour elle, c'était devenu bien pire,
Les femmes étaient encore plus méprisées,
Plus que des citoyennes de seconde zone.
Alors, la fille, elle s'en moquait bien
De toutes leurs sales querelles intestines ;
Ni les uns ni les autres ne voulaient son bien,
Aussi elle se disait qu'elle devrait partir
Pour s'en aller vivre dans un de ces pays
Où la femme est vraiment l'égale de l'homme.
Mais elle savait que ce ne serait pas facile,
Qu'ils ne la laisseraient sûrement pas s'enfuir ;
Que lui restait-il donc, à part mourir,
Pour ne plus devoir supporter la servitude ?

Anne Brunelle