Élodie

Elle avait plutôt l'âme aventureuse, Élodie,
La vie, bien trop vite, l'avait blessée ;
Aspirait-elle encore à quelque port d'attache,
Elle qui se souciait comme d'une guigne
De devoir se plier aux assommantes convenances ?
Fière et sauvage, Élodie n'avait songé qu'à fuir
Ce monde cruel et ses pièges les plus perfides ;
Tous ces hommes si lâches au regard fuyant
Qui rêvaient de la prendre dans leurs rêts,
Parce qu'ils la trouvaient tellement gironde,
Élodie, malicieuse, les allumait sans vergogne,
Tout en n'étant jamais dupe de leurs boniments,
En femelle rusée constamment sur la défensive.
Pourtant, il lui arrivait de prêter son corps désirable
À certains de ces vils séducteurs qu'elle méprisait,
Mais là encore, elle tenait à rester la plus forte,
Celle qui décide, qui choisit et ensuite écarte
De sa route de piètres tombeurs trop arrogants,
Persuadés, les niais, d'avoir des droits sur elle
Pour avoir un temps usé et abusé de ses charmes.
Elle en jubilait souvent d'avoir éprouvé tous ces fats,
De les savoir vexés et déçus qu'elle les abandonnât ;
Cela aussi faisait partie du jeu et de ses règles,
Elle excellait à disposer de tous les atouts maîtres,
Et de pouvoir ainsi agir en femme vraiment libre,
Certes sans illusion, mais d'abord sans faiblesse.

Anne Brunelle