Aline

C'est un dimanche d'août, l'après-midi,
Aline, toute seule dans son deux-pièces,
S'ennuie, elle se passe et repasse
Un trente-trois tours de Jean Ferrat,
Celui où il chante de sa chaude voix :
« Mon dieu ! que le montagne est belle ! »
Au neuvième étage de la tour, toute seule,
Aline rêve de hauts sommets enneigés,
De vertes prairies et de clochettes
Tintant au cou des vaches paresseuses.
Elle se sent déjà un peu vieille fille,
Et ne songe même plus à mettre en valeur
Son visage très doux qu'elle croit ingrat.
Son univers est trop étriqué, et ses amies d'hier,
Dispersées, ne lui donnent plus de nouvelles ;
Au bureau, ses collègues ne lui parlent guère,
Peut-être parce qu'elle-même n'a rien à leur dire
De son existence bien triste et trop banale.
Il lui arrive de repenser à ce jeune homme timide
Qui l'avait emmenée un soir au cinéma du quartier ;
Dans le noir, il avait pris doucement sa main,
Puis avait tenté de l'embrasser tendrement ;
Sans ménagement, elle l'avait repoussé,
Et plus jamais elle ne l'avait revu, bien sûr.
Mais depuis ce jour-là, elle s'ennuie, le dimanche,
Et n'espère plus rien de la vie, la pauvre Aline.

Anne Brunelle