L'aïeule

Étoilée, la nuit descend
Sur les verts pâturages,
Un rayon de lune effleure
Les murs de la chaumière
Où l'aïeule veille encore ;
Menue et toute voûtée,
Repartie dans son passé,
Elle n'entend même plus
Le hululement de l'effraie,
Ni le portail qui claque
Sous le fouet de la bise.
Patiemment elle attend,
Sans illusion, sans rêves,
Qu'un jour nouveau se lève
Sur sa maison trop vide
Où chaque objet lui parle
De ceux qui ne sont plus ;
Elle a gardé ses habitudes,
Et cela la rassure un peu,
Même si son coeur est lourd
De trop de beaux souvenirs.

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La nuit est bleu pétrole
Sur les herbages discrets ;
La pleine lune effleure
Le mur de la chaumière
Où veille encore l'aïeule ;
Partie de son passé,
Elle n'entend même plus
Le cri de la chouette
Ni les portrails qui claquent
Sous le fouet de la brise.
Patiemment, elle attend
Qu'un autre jour se lève
Sur la maison trop vide
Où chaque objet lui parle
De ceux qui ne sont plus ;
Elle a ses habitudes
Et cela la tranquilise,
Mais son coeur est bien lourd
De trop de souvenirs.

Anne Brunelle