Ce jour qui s'en va...

Les jours deviennent plus courts,
Octobre touche à son terme,
Tous les arbres se dénudent,
La nature s'est mise en grève,
Et sur le banc du square,
Quand la nuit va tomber,
On n'aperçoit plus guère
Qu'une vieille femme ridée.
Presque absente, déjà,
Elle fredonne doucement
Un air passé de mode,
Souvenir de sa jeunesse.
Elle est là, vulnérable,
Démunie de toute vigueur,
Dans le sournois silence
De la ville qui s'endort.
Son monde s'est écroulé,
Depuis bien trop longtemps,
Elle n'attend plus personne.
Alors elle renoue son foulard,
Récupère son cabas à ses pieds,
Puis elle se lève avec peine
Et s'éloigne en boitillant
D'un pas très mal assuré.
Ce jour-là s'en va en douce,
Mais un autre jour va venir ;
Elle se sent tellement lasse,
Elle a hâte que s'achève l'aventure,
N'ayant plus d'autre espérance
Qu'en cet au-delà qui l'attend.

Anne Brunelle