Sa femme de papier

Il a les pieds englués dans la glaise,
La tête tout là-haut dans les nuées,
Et il vous implore, oh ! mon Dieu,
Il vous supplie très humblement
De ne pas lui jouer un mauvais tour,
Il a encore tellement besoin d'elle,
Ne la lui retirez pas, sa chimère !
Il la voudrait bien, rien qu'à lui, mais oui,
Elle est si belle avec sa petite robe rouge,
Et rien que de l'apercevoir, à la télé,
Son coeur bat terriblement fort ;
Il n'oserait sûrement pas croiser son regard,
Craignant qu'elle le trouvât trop insolent ;
Il aurait très envie de lui sourire, pourtant,
Ou peut-être même de lui écrire une petite lettre
Afin de tout lui expliquer, bien en détail,
Sur cette place unique qu'elle occupe à présent
Dans sa vie, et sur tout le reste aussi...
Sur ce vide immense qu'elle a presque rempli.
Il l'attend, mais il ne croit pas qu'elle viendra,
Elle, sa femme de papier, elle, son idole,
Elle dont il découpe les photos dans les magazines,
Et qu'il enferme dans des chemises cartonnées,
Elle, sa femme virtuelle des beaux dimanches d'été,
Avec ses lèvres écarlates tellement pulpeuses,
Aussi rouges que peut l'être sa toute petite robe.

Anne Brunelle