Les solitaires

Elle habitait toute seule
Une petite pièce sous les toits,
Et lui aussi vivait tout seul,
Ils étaient des solitaires.
Et puis un soir, au restaurant
Où ils se voyaient depuis des mois
Sans jamais s'adresser la parole,
Ils purent enfin faire connaissance,
Ayant dû partager la même table ;
Tout de suite, ils sympathisèrent,
En parlant de littérature, de poésie,
Ils se découvrirent des goûts communs.
Les jours suivants, ils se revirent,
Décidèrent d'aller au cinéma,
Ils virent des films de Rohmer,
De Truffaut et de Chabrol ;
Il posait la main sur sa cuisse
Qu'il caressait à travers le jean,
Profitait de l'obscurité pour embrasser
Sa bouche rose aux lèvres fines.
Bientôt elle l'invita chez elle,
Ils burent ensemble du thé de Chine ;
Minuit venait de sonner ses douze coups,
Il s'apprêtait à rentrer, elle le pria
De rester avec elle cette nuit-là ;
Il la prit dans ses bras, tendrement,
Et la porta jusqu'au lit étroit,
Où ils firent l'amour, timidement ;
Elle n'avait pas beaucoup d'expérience,
Lui n'en avait guère davantage.
Un an passa, puis ils se marièrent,
Mais ils ne purent avoir d'enfant ;
Ils envisagèrent d'en adopter un,
Mais cela s'avéra un parcours du combattant ;
Un peu déçus, ils y renoncèrent,
Et s'investirent au service des Restaus du Coeur,
Cela devait suffire à leur bonheur.

Anne Brunelle