Le parquet du salon

Ce matin le soleil brille de tous ses feux,
Mais Maria n'a pas vraiment le sourire,
Le mardi, c'est le jour de la semaine
Où Madame lui fait cirer le parquet du salon,
Et Madame est très exigeante, c'est elle la patronne,
Elle répète toujours à Maria : « Ma fille,
Il faut que ça brille, ne l'oubliez surtout pas ! »
Maria est sur les genoux, elle frotte, elle frotte,
Et Madame, depuis le corridor, l'observe, l'air sévère,
L'encourageant de la voix : « Allez, un peu plus vite,
Je ne vous paie pas pour paresser ainsi, Maria ! »
Surtout pour ce qu'elle la paie, même pas au SMIC !
Maria aurait bien envie de lui dire ce qu'elle pense,
À cette bourgeoise guindée qui l'exploite et la méprise,
Mais elle a bien besoin de cet argent pour vivre,
Alors elle se tait, et elle frotte, et elle frotte,
Jusqu'à ce que le parquet brille comme un miroir.
Elle rêve même qu'il devienne tellement glissant
Que Madame, quand elle entrera dans le salon,
Puisse s'étaler de tout son long, Maria en rit d'avance.

Anne Brunelle