Laure et Florence

Il avait beaucoup neigé sur la forêt
Qu'un faible rayon de soleil perçait,
La rendant presque lumineuse ;
Les branches mortes craquaient
Sous leurs pieds ; ce dimanche-là,
Florence l'accompagnait encore,
En lui parlant de sa soeur malade,
Épuisée par les crises d'asthme,
Et ne quittant plus guère sa chambre.
« Laure sait bien qu'elle va mourir, »
Lui dit-elle, sans émoi apparent ;
Elle lui en voulait un peu depuis ce jour
Où elle avait embrassé son amoureux.
Marc, quand Laure l'avait prié avec insistance
De lui faire l'amour, avait tout d'abord refusé,
Il aimait vraiment Florence, même si Laure
Lui plaisait bien, il ne pouvait le nier ;
Il avait donc passé pour un imbécile,
Qui ne savait pas profiter d'une occasion.
Laure lui avait dit : « Avec moi, que risques-tu ?
Je ne te demande même pas de m'aimer,
Et puis dans cinq ans, je ne serai plus là.»
Il avait bien été sur le point de lui céder,
Mais c'était risqué de perdre Florence ;
Il tenait bon, malgré son désir croissant,
Laure était tellement ingénieuse,
Et elle ne renonçait pas à son projet.
Parce que la chair est faible, Laure finit
Par le persuader de coucher avec elle,
Elle n'était pas innocente, loin de là.
Florence apprit très vite cette trahison,
Elle en fut affectée, mais ne s'opposa pas
À ce que Marc revînt pour voir sa soeur,
Qui dépérissait de semaine en semaine ;
Les crises se faisaient plus fréquentes,
Il ne pouvait l'abandonner dans cet état,
Et lui donna un peu de ce plaisir qu'elle réclamait ;
Un soir où elle était très lasse,
Elle lui demanda de ne plus revenir ;
Il laissa passer deux ou trois jours.
Florence vint lui annoncer la mort de Laure
Pendant son sommeil et sans trop souffrir.
Il en fut peiné et réconforté tout à la fois.

Anne Brunelle