La traîtresse

J'épiais la belle sur la colline,
Elle m'apparut, superbe et fière,
En jupe droite et ballerines,
Me distrayant de ma prière.

Elle m'accabla de mots d'amour,
Que je gobais puérilement ;
Sans doute étais-je bien balourd
Pour l'écouter si gentiment.

Elle me trompait effrontément
Avec un jeune coq de village,
Lequel profitait cyniquement
De cette fille bien trop volage.

Puis elle m'éjecta sans clémence,
Prétextant que j'étais trop bon ;
Moi qui n'étais que tolérance,
Je crus soudain toucher le fond.

Mais, ne voulant maudire la traîtresse,
Je me refusais à la punir,
La relançant, non sans tendresse,
La suppliant de me revenir.

Eussè-je dû montrer les crocs,
Me déguiser en loup-garou,
La menacer des pires maux,
Puis la faire choir à mes genoux ?

Ah ! Être la bête du Gévaudan,
Le loup terrible de la légende,
Dont la seule vue glace les sangs,
Tant sa férocité est grande !

Las ! Je n'étais qu'agneau docile,
Qui devant elle fit le gros dos,
Elle me prit pour un imbécile,
Et c'est ce que répéta l'écho.

Anne Brunelle

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