La chatte a fugué

Cela faisait déjà trois jours
Que la chatte noire avait fugué,
C'était la saison des amours,
Elle rentrerait sûrement bientôt,
Comme elle le faisait toujours...
Mais Nelly, elle, reviendrait-elle ?
Elle avait fait en hâte ses bagages
Un peu après les congés de Pâques
Pour monter en train à la capitale
Y prendre des cours de théâtre ;
Elle rêvait de devenir comédienne,
Cette idée ne l'avait pas quittée
Depuis sa plus tendre enfance.
Ludo avait toujours été opposé
À ce qu'il considérait, à tort ou à raison,
Comme une excentricité féminine.
Nelly l'avait beaucoup aimé au début,
Mais elle ne le comprenait plus guère,
Il ne montrait jamais aucune ambition,
Ne faisait plus aucun projet,
Il semblait satisfait de son sort médiocre.
Elle lui avait laissé un numéro où l'appeler,
Mais, dépité, il ne l'avait même pas fait,
Persuadé qu'elle renoncerait bien vite,
Parce que trop d'obstacles la rebuteraient,
Et sûr qu'à son retour, elle s'excuserait
D'avoir trop cru à ses folles chimères ;
Mais il la savait aussi très entêtée
Et tout à fait capable de s'obstiner,
Même pour décrocher un tout petit rôle,
Cela simplement pour ne pas lui céder,
Et ne pas lui dévoiler ses faiblesses.
Demain, la chatte miaulerait à la porte,
Elle ne regretterait pas sa fugue,
Et viendrait se frotter contre lui ;
Ludo n'avait plus qu'à souhaiter
Que Nelly se comportât de même, elle aussi,
Il se promettait de ne lui faire aucun reproche.

Anne Brunelle