Nicole attend

Lumière vive du soleil à son zénith
Perçant les rideaux de cretonne à fleurs,
Sur la table basse un gros bouquet
De primevères jaunes et blanches ;
C'est le gai printemps qui s'annonce,
Tandis que Nicole se demande
S'il sera à l'heure au rendez-vous.
Elle a enfilé une petite jupe rouge,
Ses jambes sont nues, plus de collant,
Son corsage est transparent
Et laisse deviner ses beaux seins.
Gilles va vouloir faire l'amour,
Elle en mettrait la main au feu ;
Sera-t-il plus patient et tendre ?
La rendra-t-il enfin heureuse ?
Elle sait bien qu'elle lui dira :
« Oui, mon amour, j'ai bien aimé
Toutes ces choses que tu m'as faites. »
Elle voudrait employer des mots
Plus osés ou plus explicites,
Elle le ferait certainement
S'il l'envoyait au septième ciel,
S'il devait étouffer ses cris,
Mais elle reste toujours inerte,
Ne ressentant pas ce fabuleux plaisir
Que de ses doigts elle se donne,
Seule dans sa chambre avec ses rêves.

Anne Brunelle