Une nuit d'encre

Il appréhende la nuit d'encre qui commence,
Où le corps de la femme qu'il aime
Réveillera en lui d'ardents désirs ;
Il souhaite redevenir l'amant fougueux d'hier,
Mais elle est si alanguie, tellement sage,
Qu'il n'ose l'arracher à ses songes ;
Il a tant de belles choses à lui dire,
Tant de jolies phrases nées en son coeur,
Et qu'il ne voudrait pour rien oublier.
Elle se retourne un peu dans le lit,
Remontant le drap jusqu'au cou,
Le privant de la vue de ses seins nus ;
Il se dit qu'elle cherche à le provoquer,
Qu'elle a sûrement encore envie de lui,
Mais il n'ose pas trop la brusquer,
Après ces heures interminables
Où il a croisé bien d'autres femmes
Qui lui semblaient tout aussi désirables ;
Il ne faut surtout pas qu'elle le sache,
Sa jeune tigresse bien trop jalouse
Qui n'aime faire l'amour que dans le noir.

Anne Brunelle