Le vent est fou

Ce soir j'ai appelé le grand vent
Pour qu'il vienne me parler de toi ;
Le voilà, arrivant du ponant,
Me faisant plier sous son poids.

Vif, il jaillit et puis m'assène
Un formidable coup d'épée ;
Ah ! si tu avais vu cette scène,
Ton coeur en eût été frappé.

Où donc espères-tu m'emporter,
Vent brutal, dans ton courroux ?
Je ne pourrais pas supporter
De ne plus baiser ton beau cou,

Ton cou bien trop frêle où mes doigts
Sont remontés tout doucement
Pour une toute dernière fois,
Celle d'un ultime serrement.

Impatient le vent est reparti
Pour ce pays froid et étrange
Où les dieux, dans leur douce folie,
Rêvaient d'enfermer tous les anges.

Anne Brunelle