Le sourire de la Vierge

On était arrivé à la mi-septembre,
La température demeurait estivale,
La nuit était tombée depuis un bon moment déjà ;
Je m'étais aventuré en ce lieu hors du temps,
Je ne sais plus pourquoi au juste,
J'étais entré à l'intérieur de la petite chapelle,
Que j'avais découverte tout à fait par hasard,
Et dont la porte principale était restée entrouverte ;
La clarté assez vive de la pleine lune
Me permettait au moins de distinguer
La belle statue en marbre de la Sainte Vierge ;
Je voyais surtout son attendrissant sourire,
Un sourire si doux et si intense
Que je m'étais imaginé un court instant
Qu'il m'était peut-être destiné.
Mais, venu du dehors, un bruit étrange
Avait soudain rompu le charme de ce lieu ;
Un peu décontenancé, je m'étais agenouillé
Pour réciter, non pas le Pater, mais le Confiteor
Que je ne connaissais plus par coeur, hélas,
Mais en réalité je ne regrettais rien ou presque
De toutes mes erreurs passées et présentes,
Et même pas de ce qui avait pu se dérouler
De contraire à la morale chrétienne officielle
Au cours de ces nuits aussi pleines que la lune,
Où le désir me tendait malicieusement ses pièges.
Une jeune femme entra et me dit simplement :
« Je ne vous avais encore jamais vu, c'est bizarre ! »
Je voulus lui demander pourquoi elle était étonnée,
Mais elle éclata de rire et ressortit sans me répondre.

Anne Brunelle