L'autel

Il  entra dans cette haute bâtisse
Qui n'avait même plus de toit ;
Une chapelle avait bien existé là
Au beau milieu de ce grand pré
Où rougissaient les coquelicots,
Mais elle n'était plus que ruines ;
Seul l'autel restait debout, intact,
Et ce vrai mystère le fascinait.
Il avança encore et ce qu'il vit
Le fit douter de son état mental :
Allongée près de l'autel, une femme,
Jeune, très belle et presque nue,
Au visage pâle et très angélique,
Semblait baigner dans la lumière ;
Il entendit une musique étrange,
Sublime, envoûtante, et il en frissonna,
Avant de s'agenouiller, respectueux,
Face à cette incroyable apparition ;
La femme se redressa, avec des gestes lents,
Et marcha dans sa direction, si légère ;
Quand elle passa tout près de lui,
Il tenta bien de l'attraper par le bras,
Mais elle lui échappa, transparente,
Puis recula très vite jusqu'à l'autel ;
Elle portait une longue robe blanche,
Mais ses seins blancs en dépassaient ;
Il l'appela à voix basse: « Marie, Marie ! »
Mais elle ne lui répondit pas, hélas,
Tout en le regardant sans animosité.
Il fit demi-tour, et dès qu'il fut dehors,
Il s'imagina alors qu'elle lui avait dit :
« Je suis vierge, et tu n'y peux rien,
Puisque je le serai jusqu'à la fin des temps. »

Anne Brunelle