Esther l'ingénue

Il se retrouvait emprisonné
En ce lieu indéfinissable
Où il revenait à la vie.
Cet enfer n'était-il donc pavé
Que des pires intentions ?
L'un des démons s'éloigna,
Le bousculant au passage,
Et il réussit alors à s'immiscer
Dans le réduit secret
Où, souriante, l'ingénue Esther,
La voix claire et les prunelles vives,
Chantait quelque fado
Pour se désennuyer.
La mémoire lui manquait
Pour mesurer les risques
Que lui faisaient courir
Les indéniables attraits
De cette fée du foyer,
Sans doute fleur de luxure,
Dont la grâce sans égale
Lui faisait perdre l'esprit.
Et il se laissa prendre
Au piège de l'illusion
Et de l'implacable désir,
S'imaginant avoir enfin trouvé
La créature de ses rêves.
En enfer comme sur terre,
Les madones sont habiles
Et savent nous surprendre
Par leur grand savoir-faire.

Anne Brunelle

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