Elvire et l'oiseau

En des temps où j'étais oiseau,
J'avais, je crois, l'âme légère ;
Survolant les monts et les eaux,
Je saluais bien des bergères.

Quand je me posais dans les champs,
Elles me confiaient leurs petites misères ;
Je les consolais par mon chant,
Puis me renvolais pour Cythère.

Là-bas, redevenu humain,
Je m'adonnais au bel amour ;
Brunes ou blondes, comme un gamin,
Je les dépouillais de leurs atours.

Mais, ne sachant me décider
À choisir quelle serait ma dame,
Je n'avais plus qu'une seule idée :
Tuer en moi cet être infâme...

Qui ne pensait plus qu'au plaisir
En occultant tous sentiments ;
C'est alors qu'arriva Elvire,
Qui m'enjôla habilement.

Je me fis doux agneau pour elle,
Renonçant à tout artifice ;
Je la vénère, ma toute belle,
Elle veut bien me donner un fils.

Anne Brunelle