La vachère

Elle conduisait ses vaches au pré,
Il faisait très chaud cet été ;
« Bonjour petiot ! » me disait-elle,
« Tu sais, je m'appelle Marie-Adèle. »

Moi, voulant lui dire mon prénom,
Ému, timide, je bafouillais ;
Puis nous avions passé le pont
Sur le ruisseau qui gazouillait.

La vachère était belle fille,
Je n'étais encore qu'un gamin
Placé bien loin de sa famille
Chez des paysans peu câlins.

Elle me contait des tas d'histoires
Qu'elle avait lues dans des romans
Où l'on parlait de vieux grimoires,
De magie et de princes charmants.

J'aimais rêver contre son sein,
Au paradis je me croyais,
Et là, immobile à dessein,
En l'écoutant je m'évadais.

Marie-Adèle me dorlotait
En me berçant comme son enfant ;
Enhardi, je la bécotais,
Mais elle riait : « Je te défends ! »

Elle avait pour tendre amoureux
Un apprenti de la campagne ;
Quand je faisais le guet pour eux,
J'aimais un peu moins la montagne.

J'aurais bien voulu être grand
Pour l'emmener dans mes chimères,
Mais je n'avais pas eu le cran
De lui dire : « Sois pour moi la première ! »

Anne Brunelle

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