Marie aux champs

« Si la Marie te plaît bien,
Tu dois la marier, mon gars,
Puisqu'elle veut bien de toi ;
Elle ne manque pas de courage,
Sûr qu'elle te restera fidèle. »

Le père de la Marie,
Paysan plutôt rustre,
Avait gros appétit
Et buvait comme une outre.

Il dirigeait sa Fine,
Femme soumise et maigre,
Comme on fait d'une jument
Pour tirer la charrette.

La Marie, qui était sage,
Ne rigolait pas souvent,
Fallait le servir à table
Et puis tout le restant :

Tant de linge à laver,
À coudre, à repasser,
Et puis aider aux champs,
Au verger, au jardin,

Donner du grain aux poules,
Et traire les vaches aussi,
C'était pas vraiment cool,
Ça faisait bien des soucis.

Son galant, bien qu'étant
Un gars de la campagne,
Trouvait cela déroutant,
Presque pire que le bagne.

Alors, manquant de temps
Pour bien faire sa cour,
Il prit la clé des champs,
Sans promesse de retour.

Marie reste vieille fille,
À la ferme elle demeure ;
Ses « vieux » sur l'autre rive,
Elle rumine sa rancoeur.

Anne Brunelle