Mademoiselle Martin

Mais oui, j'en étais sûr ! Vous êtes mademoiselle Martin !
Il faut d'abord que je vous dise: j'ai très bien connu
Madame votre mère, de son prénom Yvette, et à vrai dire,
Je fus même à une certaine époque son chevalier servant ;
Je lui offrais souvent des roses, eh oui, des roses rouges,
Chère mademoiselle Martin, des roses pour votre maman,
Et toujours parmi les plus belles, elle les valait bien ;
Vous-même n'étiez pas encore de ce monde, évidemment,
Et Yvette ne connaissait pas non plus monsieur votre père.
Voyez comme le hasard fait parfois bien les choses :
Vous voici maintenant devenue ma plus proche voisine.
Serais-je encore assez fou et fantasque, ma très chère,
Pour me risquer, audacieux, à vous faire les yeux doux ?
Un poète est toujours une personne bien peu ordinaire,
Et quand il a une idée en tête, n'y renonce pas de sitôt.
Mais pourquoi donc rougissez-vous ainsi, jeune fille ?
Si par inadvertance, mon vieux coeur venait à s'égarer,
N'hésitez pas, surtout, à le remettre à sa place.

Anne Brunelle