L'étranger

Il n'est pas né dans leur pays,
Aussi ils le trouvent bizarre.
Les braves gens de par ici
Le tiennent quelque peu à l'écart.

Il n'a même pas de travail,
C'est du moins ce que l'on dit ;
Pourtant il règle son bail
Et jamais rien il ne mendie.

Il dit bonjour à tout le monde,
Et toujours très civilement ;
Hélas, trop peu lui répondent,
Ou bien alors très mollement.

Jean le facteur a reconnu
Qu'il lui apportait quelques lettres,
Provenant de lieux inconnus
Ou même de Chine, peut-être.

Il reste tout seul le plus souvent,
Exception faite des jours de fête,
Où, les cheveux fous dans le vent,
Rapplique sa dernière conquête.

L'étranger, dès qu'il la voit
Garer son auto dans sa rue,
Ne réfrène pas sa grande joie
De l'en voir descendre, court vêtue.

C'est une drôle de rombière,
Venant de la grande ville,
Rigolote, mais pas fière,
Bien rembourrée, côté pile.

Ils aimeraient bien savoir,
Tous ces nigauds de villageois,
Si elle le prend pour une poire
Ou alors si elle est sa proie.

L'étranger vit dans son monde
Avec sa morale, ses valeurs,
Et que des inquisiteurs le sondent,
Il en a une sainte horreur.

Il n'est pas tellement causant,
Mais il les aime bien quand même,
Ces laborieux et rudes paysans
Qu'il fait revivre dans ses poèmes.

Anne Brunelle