Le père Basile

Quand il est mort, le père Basile,
Toutes les bonnes gens l'ont regretté ;
Faut dire que c'était un brave homme,
Qui n'avait jamais ménagé sa peine.
Il était l'aîné du père Benoît,
Lui n'était pas du genre commode,
Et avait dû dresser ses mômes
À joyeux coups de ceinturon ;
Il s'était marié à la Fine,
Qui ne faisait pas dans le sentiment.
Alors Basile et ses frangines
S'étaient rendus tôt à l'usine
Pour faire bouillir la marmite ;
Dans le grand atelier de tissage,
On ne rigolait pas très souvent,
Au turbin six jours sur sept,
Il ne fallait pas être un fainéant,
Avec un chef qui la ramenait
En hurlant du matin jusqu'au soir.
Quand il eut vingt ans, Basile partit
Apprendre comment on tient un fusil,
Et l'adjudant l'avait choisi
Comme souffre-douleur, pas vu pas pris !
Puis il revint, épousa une bergère
Qui le mena tout le temps à la baguette.
Mais malgré cette chienne de vie,
Jamais le Basile ne se plaignit ;
Bien au contraire toujours il fit
Tout son possible pour venir en aide
Aux pauvres gens qui étaient dans le besoin.
Sa grande générosité fut bien mal récompensée.

Anne Brunelle