Le Café des Amis

Un peu avant midi, à l'heure de l'apéritif,
Elle est entrée, discrète, au Café des Amis ;
Ce n'est pas très habituel, une femme seule,
Dans ce petit hameau de la France profonde ;
Sublime, elle a une démarche très chaloupée,
Et les petits vieux du coin n'en reviennent pas,
Guère accoutumés à voir une fille aussi classe ;
Elle s'est installée, et Victor s'est empressé
D'aller prendre la commande de cette belle fille,
Mais il semble déçu qu'elle ne veuille qu'un Coca,
Il l'aurait plutôt imaginée vodka ou gin-tonic,
Ou bien friande de l'un de ces alcools distingués
Qu'il a rarement l'occasion de servir à ses clients.
« Tu crois qu'elle est venue chez quelqu'un du pays ? »
A demandé Baptiste à son vieux copain de toujours.
« Mais non, elle n'est sûrement ici que de passage, »
Lui a répondu Paulo, « c'est peut-être une Parisienne ! »
La divine créature sirote doucement son Coca,
Comme indifférente à tous ceux qui l'entourent ;
Pour elle, ce qui importe, c'est ce qu'elle va dire
Ce soir à son petit ami : elle a décidé de rompre,
Parce qu'elle se sent prisonnière auprès de lui ;
Mais lui, comment risque-t-il d'encaisser le coup ?
Elle a peur de sa réaction, il devient plutôt violent
Lorsqu'il est contrarié, elle s'en est déjà aperçue...
Elle règle sa consommation et sort en hâte du bistro,
Toujours aussi svelte et élégante, et bien décidée
D'en finir à jamais avec cette relation qui la détruit.

Anne Brunelle