L'arrivante

Le ciel est d'encre,
Les oiseaux noirs
Que freine la bise,
Filent en silence
Quelque part tout là-haut,
Du côté des collines,
Tandis que dans la plaine
La pluie sauvage a presque
Noyé les champs de blé.

La rumeur se répand :
Elle est déjà en route,
Et les rudes paysannes,
Coiffées de noirs fichus,
Au lavoir se rassemblent
Pour voir arriver celle
Qui sous ses jupes cacherait
Des fragrances orientales,
Et dont les yeux sournois
Lanceraient des éclairs.

Leurs hommes restent discrets,
Mais racontent en riant
Qu'elle est une sirène
Rejetée par la mer ;
Chacun espère bien
Pouvoir la suivre un jour
Sur les chemins ventés
Qui mènent jusqu'aux cimes.

Anne Brunelle

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