La rouquine

Son doux visage est tout piqué
De dizaines de taches de son,
Ses cheveux longs bouclés
Sont d'un roux flamboyant ;
En a-t-elle entendus,
Tout au long de l'enfance,
Des petits rires gloussants,
Des paroles blessantes ;
Elle s'en souvient toujours :
« Rouqui ! la rouquine !
Alors, Poil de Carotte,
Ils t'ont passée au minium ! »
Des années ont passé,
Et la rousse jeune fille
A le béguin d'un gentil garçon
Qu'affole l'or brûlé de sa chevelure.
Revenant dans le petit bourg rural
Où elle est née, vingt ans plus tôt,
Elle sillonne les rues
Au bras de son amoureux
En croisant les regards sournois
Des railleurs d'autrefois.
Ils se détournent brusquement,
Sans doute déçus de constater
Que la petite rouquine toute timide
Est devenue une ravissante jeune femme
Bien dans sa peau, souriant à l'avenir.

Anne Brunelle

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