La petite (1)

« T'as bon goût, mon gars ! » lui disait le père Louis,
« Si tu crois que j'avais pas compris
Que t'étais amoureux de la petite !
Pas la peine d'en faire des mystères ! »
Antoine ne savait plus où se mettre,
Le vieux criait presque dans le bistro,
Devant tous les saoûlards du village,
Il gueulait de sa voix de stentor.
Tout le monde les regardait, bien sûr,
Et certains avaient un air suspicieux.
Le père Louis s'en moquait bien, lui,
Et même qu'il en rajoutait une couche :
« Elle est belle, la petite, c'est une vraie blonde,
Et bien roulée en plus, ça ne court pas les rues !
Si elle est d'accord, venez donc un soir chez moi,
On regardera la télé en buvant un pot... »
Les poivrots, accoudés au bar, les dévisageaient.
Qu'allaient-ils imaginer ? Qu'il irait chez le vieux ?
Qu'il emmènerait la petite chez ce vieux pervers ?
Antoine devait vite se trouver un prétexte pour filer,
Laisser le père Louis devant son verre de gros rouge.
« La petite m'attend. Il faut que j'y aille ! Allez... »
Le vieux rigola, en lui tapant fort sur l'épaule :
« Surtout, faut pas trop la fatiguer, la petite ! »
Antoine sortit du café, sans oser regarder derrière lui.
Il se sentait presque honteux, et pourtant
La petite et lui étaient toujours restés bien sages.

Anne Brunelle