Les pensionnaires

Elles avaient de grands yeux cernés
Et le teint pâle, les pensionnaires ;
On eut souhaité leur décerner
Quelque récompense peu ordinaire.

Elles vivaient là, en vase clos,
Dix mois par an, quelle galère !
Enfermées comme dans un enclos,
Elles devaient taire leur colère.

Des idylles s'ébauchaient entre elles,
Qui soulageaient leur faim d'amour ;
Mais pour les coeurs les plus fidèles,
La médisance guettait toujours.

Les jalouses et les pudibondes,
Les perfidies multipliaient ;
Des amoureuses le petit monde
Aux dures réalités se pliait.

Ainsi apprenaient-elles la vie,
Avec ses joies et ses douleurs,
- Pas de quoi être vraiment ravies -
En attendant d'autres couleurs.

Anne Brunelle