Le cerisier

Fort agile et joliment svelte,
Petite Yvette était juchée
Sur la grande escabelle
Pour cueillir des cerises
Sur le vieux cerisier ;
Moi j'étais en dessous,
Lui tenant l'échelette,
Et lui contant fleurette,
Tout en la sermonnant :
« Yvette, pas d'imprudence,
Tu vas te briser les os ! »
Elle riait de bon coeur,
Insouciante et légère,
Terriblement occupée
À se goinfrer de fruits,
Puis à m'en faire passer.
J'étais comme à la fête,
Moi qui, sous la jupette,
Pouvais à l'aise admirer
Ses très gracieuses gambettes
Et son petit derrière dénudé ;
J'étais tellement troublé
Que j'avais failli m'étouffer
Avec un noyau de cerise
À la vue de ce charmant tableau.

Anne Brunelle