Je suis la vie

Elle nous disait : « Je suis la vie,
Regardez-moi, comme je suis belle ! »
Mais ne se montrait guère ravie
Quand nous osions nous méfier d'elle.

Certes, elle avait un corps sublime,
Elle ne pouvait pas vivre en cage ;
Mais je me demande à quoi ça rime
D'aimer une femme aussi volage.

Bien sûr elle partageait son coeur
D'artichaut entre maints soupirants,
Qui tous avaient réellement peur
D'être trahis parce que la désirant.

Pour ma part, j'eusse bien souffert
Si, téméraire, je l'avais suivie ;
Elle dut comprendre, je l'espère,
Que j'en avais eu très envie.

Dieu sait combien elle fut frivole,
Cette fille qui s'attachait si peu ;
Pour nous, elle restait notre idole,
Mais pour elle, ce n'était qu'un jeu.

Anne Brunelle