Les yeux cernés

Je l'avais tout de suite remarquée,
Au dernier rang du vieux ciné,
Cette douce adolescente
Aux yeux cernés ;
Elle aimait comme moi
Les films sentimentaux
Où la belle héroïne se sacrifie
Pour sauver son amour ;
Elle était tellement absorbée
Par l'histoire si poignante
D'une jeune femme fière,
Qu'elle ne me vit même pas,
Dans l'obscurité de la salle,
Rapprocher ma main de la sienne ;
Quand ma peau toucha sa peau,
Elle me laissa faire,
Je lui pris la main,
Et pendant le reste du film,
J'avais presque le sentiment
Qu'elle se donnait à moi,
La fille aux yeux cernés
Par trop de nuits d'insomnie
Passées à chercher en vain
Le sens de l'existence.

Anne Brunelle