Le bus du matin

C'était de bon matin,
Et j'avais pris le bus
Pour m'en aller, badin,
Non au marché aux puces,
Mais hélas, au turbin.

Une fois assis dans le bus,
Je vis une jolie fille,
Elle sentait la vanille,
Dire que j'en fus ému
Serait inconvenance...

Je fus d'abord troublé
Par son air d'innocence ;
Ses longues jambes nues
Auraient sûrement comblé
Un directeur de revue.

Grâce à sa courte jupe
Qui frisait l'indécence,
Je tentai d'imaginer
Un geste fort délicieux
Que je vous laisse deviner.

Quel délice de glisser,
Pour la première fois,
Une main tremblant un peu
Jusqu'au chiffon de soie
Pour attiser le feu !

Mais cette charmante fille,
Au conducteur ravi,
Montra son jeu de quilles
En lui disant « Chéri ! »
Et je me fis tout petit.

Songeur et soudain triste,
Je jouai le touriste,
Et m'adressant, curieux,
À ma plus proche voisine,
J'appris d'elle, mes aïeux,
Qu'elle bossait à l'usine.

Elle était forte et laide,
Mais quémandait mon aide
Pour résoudre un problème
Qui ne m'étonna guère :
Je l'embrassai quand même,
C'était de bonne guerre !

Anne Brunelle

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